samedi 7 juillet 2018

La dimension commerciale des données d'utilisateurs dans des espaces publics médiatisés

Dans le module 6.6. du cours INF 6107, il est question des nouveaux enjeux sociaux liés au web social concernant la vie privée des utilisateurs des plateformes comme Facebook, Twitter, Google, etc.

Dana Boyd définie les enjeux à quatre niveaux,
  1. La persistence des données partagées par l'individu sur le web.
  2. La facilité de chercher (et par conséquent de trouver) des informations à propos d'individus sur le web social.
  3. La « copiabilité » des données publics partagées par les individus sur le web. 
  4. L'auditoire invisible et anonyme qui peut consulter ces données partagées par les individus.
Toutes ces dimensions sont principalement liées à l'accès aux données d'un utilisateur à l'autre sur le web. Généralement, ces caractéristiques décrivent des relations entre citoyens, à titre individuel. 

Par contre, il existe une cinquième dimension très importante à prendre en considération, et qui selon moi, devrait être ajouté aux caractéristiques d'un espaces publics médiatisés : La commercialisation des données partagées par les individus sur le web social

En effet, comme je l'aborde dans mon article publié par The Conversation, intitulé 'The data war behind net neutralité', l'enjeu commercial lié aux données des utilisateurs des plateformes sur le web social est d'une valeur immense pour les entreprises. 

On ne peut donc pas circonscrire la description du système à des caractéristiques intra-individuelles lorsqu'il est question des espaces web publics médiatisés. Il faut aussi comprendre l'interaction entre individus et entités commerciales. 

Dans mon article à propos de cette guerre des données, j'aborde la question du modèle relationnel qui existe entre l'individu (qui partage l'information), la plateforme (qui offre la possibilité de partage) et l'annonceur (celui qui utilise la plateforme pour rejoindre l'individu à des fins commerciales.) 

Modèle de la relation commerciale sur le web social


Les enjeux sociaux et d'éthiques à cet égard sont multiples et pourraient faire l'objet d'une thèse à part entière (avis aux intéressés). De plus, les questions liées à l'utilisation commerciale des données disponibles sur le web social font l'objet d'une plus grande attention politique. L'Union européenne vient de mettre en vigueur le Règlement général sur la protection des données et le congrès américain a convoqué Mark Zuckerberg pour discuter de l'exploitation des données privées par Facebook.

Des logiciels de « ad blocking » comme Privacy Badger deviennent de plus en plus populaires tandis que la population se sensibilise à la notion de gestion des données privées. 

Pour toutes ces raisons, il est donc important de comprendre cette nouvelle dimension du web social. C'est pourquoi je l'ajoute comme cinquième caractéristique des espaces publics médiatisés. 

jeudi 5 juillet 2018

La réalité augmentée et virtuelle : L'action sociale dans un monde Post-Pokémon Go

L'anthropologue culturel Mizuko Ito, qui nous a été présentée dans le Module 7 du cours INF 6107, a dressé une belle description de la façon dont le phénomène Pokémon est venu changer l'expérience sociale des enfants. C'est pourquoi elle parle d'un monde Post-Pokémon dans l'article Media Literacy and Social Action in a Post-Pokemon World.

Ce monde en question est celui d'une interaction sociale, d'un web participatif, rendu possible par la miniaturisation de l'expérience numérique ayant commencé par les Game Boy et Cie. Des jeux vidéo portatifs nous avons éventuellement vu l'émergence des iPods, qui eux se sont rapidement transformés en iPhones, donnant naissance à l'air des téléphones intelligents. 

En 2018, le taux de pénétration mondial des téléphones intelligents est au point de saturation. 

 

Source du graphique : Tune.com

Toute l'évolution du web participatif a d'ailleurs été grandement tributaire de cette expansion des « smartphones » depuis 2007. En effet, aussi tôt que 2014, Statista.com rapportait que l'utilisation des médias sociaux était majoritairement sur les appareils mobiles et radicalement moins importantes sur les « desktops. » 


Il faut donc créditer grandement la révolution mobile pour l'avancée fulgurante de la culture web participative. D'ailleurs, la technologie mobile donne lieu à de nouvelles approches participatives à surveiller dans un avenir rapproché, notamment la réalité virtuelle et la réalité augmentée.

Cette évolution amène également l'ajout d'un nouvel appareil de participation, les lunettes RV / RA. Mais sans même utiliser des appareils hardware, si vous utilisez Pokémon Go, des filtres sur les applications Snapchat et Instagram, où encore sur le iPhone X et Pixel 2, vous êtes déjà dans l'univers du web participatif RA.

Si on croit sur parole les prédictions des plus grands chefs d'entreprises technologiques au monde, soit Satya Narayana Nadella de Microsoft, Tim Cook chez Apple et Mark Zuckerburg de Facebook, la réalité virtuelle et augmentée, aussi appelé « Mixed Reality » (réalité mixte), représente l'une des trois technologies qui viendront transformer le monde de demain. Les deux autres sont l'intelligence artificielle et l'informatique quantique.

Un projet de réalité virtuelle comme Santa Cruz de la division Oculus de Facebook par exemple, viendrait potentiellement changer radicalement l'expérience des médias sociaux. Par extension, cela viendrait changer l'expérience du web participatif.



Pour vous donner un aperçu de l'évolution de cette tendance, je vous invites à regarder cette courte présentation vidéo du canal TechAltar :


En conclusion, si effectivement la réalité augmentée ou virtuelle représente la prochaine génération du web participatif, Mizuko Ito devra alors parler d'un monde Post-Pokémon Go ;)

mardi 3 juillet 2018

L'état de la Blogosphère en 2018 : Les blogues sont-ils saturés ?

Dans ce billet, j’aimerais revoir l'état de la Blogosphère depuis le rapport de Technorati en 2007 à la lumière des nouvelles statistiques provenants de différentes analyses dans l’industrie du contenu numérique. À partir de ces données, on veut répondre à la question suivante : Depuis 2007, est-ce que la blogosphère est toujours en croissance exponentielle ou a-t-elle atteint une saturation ou même, un déclin 11 ans plus tard ?

La croissance de la blogosphère depuis 2007

Avec la prolifération importante du nombre de plateformes disponibles pour la création et l’opération d’un blog personnel ou professionnel depuis la dernière décennie, il devient plus difficile d'affirmer empiriquement combien de blogs sont indexés sur le web en 2018. De la plateforme Wordpress à Blogger à Tumblr à Medium, la liste de plateformes de blog est devenue très longue.

Ce faisant, malgré mes recherches, je n’ai pas réussi à trouver une source fiable pour chiffrer le nombre exact de blogs indexés en date d'aujourd'hui. Mais pour se donner une idée, selon Internetlivestats.com, qui calcule en temps réel le nombre de nouveaux sites web actifs, on compte plus de 1,8 milliards de sites web au moment de la publication de ce billet.




Si on regarde la vélocité de croissance du nombre de sites web dans le temps, Internetlivestats.com a également des statistiques à ce sujet, lesquelles démontrent clairement une augmentation quasi exponentielle depuis 2001.




Vous pouvez remarquer une subite poussée de croissance entre 2016 et 2017. Selon Blogging.org, cette gradation abrupte serait tributaire de l’expansion importante qu’aurait connue Wordpress depuis quelques années.

En effet, selon les statistiques présentées par drsoft.com, Wordpress représenterait aujourd’hui 60% de tous les sites web sur l’Internet.





Tel que mentionné, il ne semble pas y avoir de statistiques très autoritaires au sujet du nombre total de blogs dans cet océan de 1,8 milliards de sites web. Toutefois, si on prend pour échantillon la croissance du nombre de blogs créés sur la plateforme Tumblr depuis 2011, on peut se donner un bon indice de la croissance relative de la Blogosphère. Selon Statista.com, le nombre de blogs sur Tumblr est passé de 17,5 millions en 2011 à 425,7 en 2018. On parle d’une augmentation de 2333% !



Par contre, en ce qui a trait à la croissance du nombre de blogueurs uniques, si prend pour exemple les États-Unis comme point de référence, les chiffres sur Statista.com prédisent qu'il y en aura 31,7 millions d'ici 2020. Il s'agit d'une augmentation de 16% depuis 2014.



Par conséquent, la Blogosphère semble loin d’une saturation depuis la publication du rapport de Technorati en 2007. Au contraire, les statistiques démontrent que le croissance ne fait que s’accélérer dans le temps.

Toutefois, étant donné que c'est le nombre de blogs qui augmente et non le nombre de blogueurs uniques, on peut conclure qu'il n'y a pas tellement plus de blogueurs, mais que les blogueurs bloguent beaucoup plus souvent qu'avant :)

Les déboires du scandal des Fakes News qui a causé en partie les changements de l’algorithme de Facebook, lesquels visent à réduire la visibilité des liens de contenu sur le fil d’actualité, pourraient potentiellement ralentir un peu cette croissance. Mais c’est encore trop tôt pour émettre de telles prédictions.

Pour l’instant, on témoigne d’une Blogosphère en très bonne santé et qui, semble-t-il, vient à peine d’atteindre son stade d’adolescence (avec des signes de puberté évident). On est loin de la saturation dans ce secteur important du Web Social.

vendredi 29 juin 2018

L'impact des 'Fake News' sur la crédibilité du Web Social


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En 2018, plusieurs évènements importants sont survenus qui risquent d'avoir un impact négatif significatif sur l'avenir des blogues et du Web Social. Dans ce billet, je discuterai brièvement du phénomène des Fake News et de leur impact négatif sur la blogosphère.

La controverse des 'Fake News'

Les élections présidentielles américaines de 2016 ont été controversées pour plus d'une raison. Mais celle qui se répercute le plus sur l'avenir du Web Social, c'est le phénomène des Fake News sur les réseaux sociaux.

Le scandal hautement médiatisé autour de la compagnie Cambridge Analytica sur Facebook est probablement l'événement le plus important à souligner. Non seulement a-t-il engendré des doutes auprès de la population à propos de la gestion de nos données personnelles par les géants du web, il a aussi soulevé, dans une certaine mesure, des doutes à propos de la fiabilité des blogues comme source d'information populaire.

L’enjeu avec les ‘fake news’ ou fausses nouvelles, c’est que dans bien des cas, selon le site de la firme de droit Kingsley & Napley, elles ont une plus grande susceptibilité à devenir virales sur les médias sociaux.

Dans l’intérêt de restreindre cette viralité, et pour protéger sa réputation, Facebook a réagit fortement à cette situation. Plus tôt cette année, le réseau social annonçait que son algorithme allait dorénavant restreindre la portée des liens partagés par des sites web (incluant les blogues).

Le directeur du fil d’actualité chez Facebook, Adam Mosseri, a résumé ce changement dans une seule phrase dans son billet intitulé “Bringing People Closer Together” :

Nous allons prioriser également les messages provenant d'amis et de membres de la famille sur le contenu public, conformément à nos valeurs pour le fil d'actualité.

Pour les éditeurs web et les blogueurs qui ont développés une dépendance au fil d’actualité Facebook pour diffuser leur contenu, cette nouvelle a eu un impact majeur. Selon une étude de Social Media Today, la portée organique du contenu publié par les éditeurs, incluant les blogues et les marques d’entreprises, aurait diminué de 20% sur Facebook en 2017.

Une étude de l'entreprise d'analyse sociale Locowise citée par AdWeek affirme que la portée organique moyenne des publications des pages Facebook a continué de chuter en 2018. Selon l’étude, on parle d’une portée de 2,27% en avril 2018 pour les pages Facebook ayant plus d'un million d’abonnés.

Bien entendu, il y a Twitter, Instagram et Snapchat comme alternatives de diffusion sociale pour les éditeurs de blogs. Par contre, ces plateformes ont des bassins d’utilisateurs beaucoup moins importants, surtout au Canada d’après les chiffres présentés par la firme Little Dragon Media.

Est-ce que tout cela signifie que les blogs n’ont plus d’avenir ? Absolument pas. Reste-t-il que nous devons maintenant tenir compte de deux nouveaux facteurs qui influencent la distribution de contenu des blogs et sa portée avenir :
  1. Le scandal des fausses nouvelles a rendu les utilisateurs plus critiques dans la sélection des blogueurs à suivre. La notion de crédibilité est plus importante que jamais !
  2. Les réseaux sociaux, particulièrement Facebook (le plus gros) n’offrent plus la visibilité gratuite de grande portée comme il y a 4 ou 5 ans. Pour gagner de la visibilité, les blogs devront travailler plus fort, sur plus de plateformes de distribution ou simplement investir dans les annonces de contenu sponsorisé par Facebook et al pour maintenir une portée significative. 
Si on se réfère aux concepts abordés lors du module 4 du cours INF 6107 à propos de la confiance et la crédibilité selon B.J. Fogg et Hsiang Tseng, nous pourrions appliquer la notion de 'computer products' à celle de 'content products' (produits de contenu). 

Dans cet optique, si on regarde spécifiquement la notion de crédibilité de Fogg et Tseng, on peut donner raison aux plateformes comme Facebook de vouloir serrer la vis lorsque les produits de contenu se présentent sous les rôles suivants : 
  • agir comme sources de connaissances
  • instructeur ou tuteur des utilisateurs
  • rôle d'aide à la décision
  • rapport des mesures
  • cours des simulations
  • rendre les environnements virtuels
  • rapport sur le travail effectué
  • rapporte sur leur propre état (ou l'état d'autrui)